Peña Escalier 6
carré bleu Coupable !
ligne B

Le public contemporain est-il capable de comprendre et d’apprécier toute la palette des formes tauromachiques ? Ce public est-il aujourd’hui à même d’estimer la valeur d’un torero en fonction de la difficulté du bétail affronté ? Et d’en profiter ?...

Ça y est ! Ils y sont parvenus.

Pourquoi nous sert-on tous les jours la même soupe, soupe dont le gras étouffe saveurs et spécificités  ? Tout simplement, parce qu’ils nous prennent pour des cons. Inaptes aux plaisirs trop sophistiqués. Et disons-le franchement, ils n’ont pas tort.

Au Plumaçon, arène en décadence, lundi 18 juillet, les toros sont sortis forts. Forts et armés ! Au Plumaçon, arène en décrépitude, lundi 18 juillet, la corrida de Samuel Flores est sortie compliquée. Trop compliquée. Pas pour ceux chargés de la combattre. Pas du tout. Pour ceux qui y assistaient. Ils n’ont absolument rien pompé  !

Le travail forcené d’abrutissement des aficionados mené à Mont 2 (!) depuis quelques années porte ses fruits. Et quels fruits ! A force de marteler que la tauromachie n’est que cet écœurant ballet, opposition inique où la prétention de l’homme n’a d’égale que la soumission de la bête, et bien oui, les gens le croient. Ils le croient et ils en redemandent. Tout le reste n’est qu’anomalie. A oublier. Quant à l’étonnement des observateurs devant cet état de fait, il a quelque chose de tout à fait nauséabond. Ils font le lit de la bêtise humaine. Ils en abusent d’un côté pour rayonner et s’en émeuvent cyniquement de l’autre. Répugnant ! A ceux qui déplorent les ferias modernes aux contenus toujours plus routiniers, l’on rétorque à loisir que - mon bon Monsieur - personne n’y est plus maintenant ni attentif ni préparé. Circulez…

Si t’es pas content, t’as qu’à aller à Orthez ! T’as qu’à aller à Céret !

Savoir distinguer le bon grain de l’ivraie. Savoir si c’est de l’Art… ou du cochon ! De cette faculté des spectateurs dépend l’évolution de la Corrida. Il y a les organisations qui peuvent s’enorgueillir de cette conscience minimale. Il y a les consciencieux (donc) et il y a les autres (plus nombreux) : véritables inconscients ! Non, la Corrida n’a pas pour objet d’être rentable. Ces considérations constituent un déni à la fois historique et… intellectuel ! Sa vocation  est identitaire, culturelle, esthétique, émotionnelle... Tout ce que vous voulez ! Mais elle n’est surtout pas matérialiste. En privilégiant, sans aucune autre considération, les enjeux financiers, en ne se préoccupant que de dividendes personnels et jamais d’intérêt commun, les magnats du mundillo dénaturent complètement la tradition taurine. Ils ne défendent aucune cause ; si ce n’est la leur ! Les shows imposés et désormais si répandus n’auront bientôt plus qu’un lien de parenté fictif avec le patrimoine vivant, solidement enraciné, dont nous sommes les indignes héritiers.

Août 2011   
Céret de Toros 2011 - Irmãos Dias
Photo Éric Erb

Maître Ponce, incompris et sifflé, malgré deux leçons "chaotiques" face à deux types d’adversités. C’était au Plumaçon. Ce fameux lundi 18 juillet. Juargarzo, pur concentré de sauvagerie, florilège de sentiments contradictoires et incontrôlés, toro injustement dédaigné par une foule sans critère. C’était au Plumaçon. Ce fameux lundi 18 juillet. 1500 aficionados sous la pluie quand bien des arènes se seraient vidées. Sérieuse corrida de Dolores Aguirre montée par une belle bande de motivés désintéressés. Ça, c’était Orthez le dimanche 24 juillet. Les frères Otero Beltran ovationnés pour leur invraisemblable brega du 9 juillet ; Angel pour une paire de banderilles millimétrée, geste de l’année (?). Javier Castaño récompensé pour son incroyable lidia. Et Fernando Robleño, héros de tout un peuple, offrant aux siens une poignée de naturelles surréalistes le 10 juillet. C’était à Céret.

Voilà. Il y a ceux qui nous considèrent comme de vulgaires clients et nous refourguent leurs productions standardisées, prêtes à consommer. Rien à faire. Juste à réchauffer (et à ne pas trop s’éloigner des chiottes) ! Les autres sont eux convaincus, à raison, que le salut ne peut venir que d’un public à la fois considéré et éduqué. Non plus seulement payeur passif mais acteur lucide et concerné.

Face à la dégénérescence de la tauromachie, face à la dégradation de ses fidèles, chacun devra un jour rendre des comptes…

Orthez ! Non lieu.

Céret ! Non lieu.

Mont de Marsan ! COUPABLE !!!

Adishatz monde. Adishatz la companhia. Demain, si ça se trouve, à contre courant, nous serons vivants.

 Benito… du Moun (mais plus très fier de l’être)
TOROMAG n° 32 - août 2011